KYC, vérification d'identité et retraits sur Earth 2 : ce qui est écrit
Vérification d'identité et retraits : ce qu'Earth 2 documente, et ce qu'il ne documente pas.
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Earth 2 ne publie aucune procédure de vérification d'identité. Nous avons ouvert, le 28 octobre 2026, chaque rubrique du guide officiel, les conditions générales, la politique de confidentialité et les trois rapports publiés sur le token : le mot KYC n'apparaît nulle part, et aucune page ne décrit les pièces à fournir ni le délai de traitement.
Ce n'est pas un détail de rédaction. Il s'agit d'argent, et la seule chose honnête à faire est de distinguer ce qui est écrit noir sur blanc de ce qui ne l'est pas. Nous ne reconstituons donc aucune démarche de mémoire, et nous n'allons pas non plus vous dire ce qui est légal ou fiscal : ce site n'est pas un cabinet.
Deux soldes, et un seul peut sortir
La page d'aide consacrée au solde du compte distingue deux montants. Le solde du compte, affiché en blanc, correspond aux crédits E$ internes ; il sert aux achats et aux échanges dans le jeu, et c'est le seul que vous pouvez retirer. La valeur nette, affichée en jaune, additionne la valeur estimée de vos propriétés, et la page précise elle-même qu'il s'agit d'une simple indication, calculée sur les derniers prix d'échange entre joueurs ou sur le prix du terrain neuf.
Sur la valeur de l'E$, deux textes officiels ne disent cependant pas la même chose. La page d'aide écrit qu'un E$ vaut un dollar américain. Les conditions générales, elles, définissent les crédits comme une monnaie interne « sans valeur notionnelle », assimilée à un dollar « par commodité », et ajoutent qu'Earth 2 ne garantit ni cette équivalence ni aucune valeur particulière. La formule contractuelle l'emporte sur la formule pédagogique, et c'est celle qu'il faut avoir en tête avant de regarder un solde.
Ce que la page officielle décrit, et ce qu'elle omet
La marche à suivre tient en trois lignes. Le joueur ouvre les réglages du profil et fait défiler la page jusqu'au bouton de retrait, et des instructions complémentaires apparaissent alors, suivies d'informations sur la façon de déposer formellement une demande. La page ajoute que les retraits sont traités manuellement pour le moment et peuvent prendre un certain temps, et que l'entreprise travaille à accélérer ce traitement.
C'est tout. Aucun délai chiffré, aucun frais, aucun montant minimal ou maximal, aucune liste de documents, aucune liste de pays exclus. Le sommaire du guide officiel compte pourtant une rubrique pour créer un compte, une pour la double authentification et une pour le solde : il n'en compte aucune pour la vérification d'identité. À la création du compte, du reste, Earth 2 ne demande qu'une adresse électronique et un mot de passe.
Le système d'essai : l'E$ sort en passant par le token
Les rapports trimestriels racontent une autre histoire, et elle est plus précise. En août 2024, Earth 2 a lancé un système d'essai de retrait « afin que les retraits en E$ continuent d'être traités ». Le joueur convertit son retrait en E$ vers du $ESS, après quoi il lui reste libre de sortir ou non ce token de la plateforme, ou de le garder pour la mise en jeu sur un Mentar.
Les volumes sont publiés : 13 231 535 $ESS convertis de juin 2024 à mars 2025, puis 8 832 245 au deuxième trimestre 2025, 5 172 311 au troisième et 6 849 174 au quatrième. L'entreprise précise que ces tokens proviennent intégralement de sa trésorerie et ne sont pas frappés pour l'occasion.
Retenez surtout ceci : la page d'aide décrit un retrait direct et ne mentionne pas cette conversion, tandis que les rapports décrivent une conversion et ne mentionnent pas le retrait direct. Les deux sources officielles coexistent sans avoir jamais été mises d'accord, et nous l'avons vérifié de nouveau le 28 octobre 2026. Earth 2 ne publie pas davantage le taux auquel la conversion s'effectue.
Ce que les conditions générales exigent vraiment
Le contrat, lui, est explicite, et c'est la seule source qui parle d'identité. Pour déposer ou retirer des fonds, le joueur doit fournir des informations exactes et complètes pouvant inclure les nom et prénom, le pays d'origine, l'adresse électronique, des copies d'une pièce d'identité, l'adresse postale, le numéro de téléphone et les coordonnées bancaires ou de carte. Earth 2 se réserve le droit de clôturer le compte, ou de refuser un dépôt ou un retrait, si ces informations sont fausses, incomplètes ou trompeuses.
Le même texte prévoit quatre cas dans lesquels l'entreprise peut refuser, suspendre ou annuler un retrait, et exiger à cette occasion une preuve d'identité : lorsqu'elle ne parvient pas à authentifier les informations que vous avez déclarées, lorsque le dossier est incomplet, lorsque la loi l'y oblige, ou lorsqu'elle soupçonne une opération frauduleuse ou illicite. La vérification existe donc bel et bien, mais comme une faculté ouverte au cas par cas, et non comme une procédure publiée avec une liste et un délai.
Les conditions applicables aux actifs numériques ajoutent trois engagements à la charge du joueur : ne pas figurer sur la liste des personnes désignées de l'OFAC, ne pas être une banque fictive étrangère, ne pas résider dans une juridiction classée non coopérative en matière de lutte contre le blanchiment, ni y faire transiter des fonds. Sur demande, le joueur doit pouvoir identifier et justifier l'origine des sommes engagées.
Trois phrases du contrat méritent enfin d'être lues deux fois. Earth 2 déclare ne pas proposer de produit financier ni de conseil financier et ne détenir aucune licence australienne de services financiers. Elle précise n'agir en aucun cas comme dépositaire, les transferts vers les comptes qu'elle désigne n'étant que des écritures de registre. Enfin, toutes les opérations sont réputées se dérouler en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, et sa responsabilité est plafonnée à ce qu'elle a reçu de vous au cours des six mois précédant la réclamation.
Pour un lecteur français, le repère naturel serait l'AMF, qui tient le registre des prestataires de services sur actifs numériques et devant laquelle se règlent les questions de marché. Earth 2 ne s'en réclame pas et affirme au contraire ne vendre aucun produit financier. L'écart entre « 1 E$ = 1 $ » sur la page d'aide et l'absence de garantie dans le contrat relève, lui, du terrain de la DGCCRF, qui recueille en France les signalements sur les pratiques commerciales. Nous ne disons pas qu'il faille la saisir ; nous disons où la question se pose.
Combien sort réellement de la plateforme
Les rapports donnent les volumes de token entrés et sortis, et nous y voyons le meilleur indicateur public du fonctionnement réel des retraits.
| En $ESS | juin 2024 – mars 2025 | T2 2025 | T3 2025 | T4 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Retraits vers des portefeuilles externes | 98 036 315 | 16 994 573 | 15 996 579 | 17 710 058 |
| Dépôts depuis des portefeuilles externes | 38 647 069 | 11 162 795 | 8 269 674 | 13 768 857 |
| Conversions du système d'essai | 13 231 535 | 8 832 245 | 5 172 311 | 6 849 174 |
Les trois rapports emploient la même phrase à propos du token : il n'existe aucune restriction de montant, dès lors que le solde est légitimement disponible sur le compte. Autrement dit, la sortie du $ESS est présentée comme libre, alors que la sortie de l'E$ reste la partie opaque du dispositif. Notez enfin que ces chiffres s'arrêtent au quatrième trimestre 2025 : aucun rapport ne couvre 2026, donc nous n'avons aucune donnée récente.
Données personnelles : un texte australien, pas européen
La politique de confidentialité se place sous la loi australienne de 1988 et ses principes de protection des données. Nous y avons cherché toute référence au règlement européen, à un représentant dans l'Union ou à une autorité de contrôle européenne : il n'y en a aucune. Les catégories collectées sont énumérées — nom, adresse, sexe, téléphone, adresse électronique, identifiant et mot de passe, adresse IP — et l'entreprise indique qu'elle transfère probablement ces données hors d'Australie, notamment vers les États-Unis et le Royaume-Uni.
Deux passages méritent une attention particulière. Le texte prévient que des données sensibles peuvent être collectées « incidemment » si vous utilisez les fonctions sociales, et considère que leur usage vaut consentement. Il indique par ailleurs qu'une demande d'accès aux données peut être refusée dans les cas prévus par la loi australienne, avec notification écrite des motifs. En France, l'interlocuteur sur ces sujets reste la CNIL, et nous nous contentons de signaler que le document ne lui renvoie pas.
Les sept points qu'Earth 2 ne documente pas
Récapitulons, parce que c'est l'essentiel de cette page. Aucune procédure de vérification d'identité n'est publiée, ni la liste des pièces acceptées. Aucun délai de traitement n'est chiffré. Aucun frais de retrait n'est annoncé. Aucun montant minimal ou maximal n'est indiqué pour l'E$. Le taux de conversion du système d'essai n'est pas publié. Aucune liste de pays exclus n'existe en dehors des engagements contractuels. Et les deux descriptions officielles du retrait, celle de la page d'aide et celle des rapports, n'ont jamais été réconciliées.
Que faire de cela concrètement ? Gardez la trace de vos propres opérations, puisque personne ne la gardera à votre place : capture du solde avant et après, numéro de la demande, échanges avec le support. Le sujet n'est pas neuf sur ce site, puisque nous l'abordions déjà dans notre analyse de la liquidité du token, en décembre 2024, et à notre connaissance la situation n'a pas changé depuis. Pour mémoire, la question du KYC avait d'ailleurs été posée dès l'été 2021, au moment du lancement du Bazaar : cinq ans plus tard, elle n'a toujours pas de réponse publiée. Quant à ce que vous détenez réellement, le contrat le dit sans détour — des écritures de registre, dont le prix dépend du circuit par lequel vous les avez acquises.



